Seduced by Story

Exposition collective
Frederik Exner, Pétrel I Roumagnac (duo), Leomi Sadler, Beatrice Vorster, Yue Yuan
SIRA, Asnières-sur-Seine
10 octobre — 16 novembre 2025

« La Vérité est affaire d’imagination. Un fait irréfutable peut être accepté ou refusé suivant le style dans lequel il est présenté – tel cet étrange joyau organique de nos mers dont l’éclat s’avive ou se ternit selon la personnalité de la femme qui le porte : ne peut-il même tomber en poussière ? Les faits ne sont pas plus solides, cohérents, réels. Mais, comme les perles, ils ont une sensibilité. […] Si, par moments, les faits semblent varier suivant la voix qui parle, eh bien, libre à vous d’en choisir la version que vous préférez ; toutes les données se complètent, aucune n’est fausse. »
Ursula K. Le Guin, La Main gauche de la nuit, trad. Jean Bailhache, Paris, Le Livre de Poche, 2017, p. 9.

Raconter n’est pas vivre ; pourtant, nous nous appuyons sur le discours pour transmettre ce qui s’est passé. La narration n’est en effet pas une simple déformation, mais une manière de savoir : comme le note Peter Brooks dans un essai éponyme, les faits bruts ne prennent sens qu’une fois transformés en récit. Le risque, c’est la séduction de l’effet de vérité, plus prisé que la vérité elle-même, surtout quand l’histoire nous montre que contrôler le storytelling, c’est contrôler le réel. Et, à une époque où les théories du complot s’enveloppent de l’esthétique et de la rhétorique de la preuve, Seduced by Story s’interroge : quelle forme de vérité la fiction peut-elle contenir ? Quels types de pouvoir le récit permet-il ou combat-il ? Et enfin, quelles implications pour l’image, dont on dit communément qu’elle « raconte des histoires » — notamment la photographie dont Susan Sontag écrit dans Devant la douleur des autres qu’elle « ne dispose que d’un seul langage et s’adresse potentiellement à tout le monde » : ne mystifie-t-elle pas plus qu’elle ne révèle ?

Les œuvres rassemblées dans cette exposition interrogent les pactes de croyance que les récits nous proposent, ainsi que les mécanismes par lesquels les régimes de fiction modèlent la perception et l’interprétation, tant au niveau personnel que collectif, et façonnent la manière dont nous nous connectons au réel.

Commissariat : Margaux Gillet & Estelle Marois

Scénographie : Grégoire Borach

Vues d’installation

Yue Yuan, A Dream, scan du livre 1982, Janine d’Alasdair Gray, Londres, Jonathan Cape, 1984, papier peint, 2025

Beatrice Vorster & Yasmin Vardi, Some sweat on her brow, image fixe projetée, 2024

Beatrice Vorster, big feelings, audio, 36 mins, 2025

Leomi Sadler, de gauche à droite : Retail Tower, acrylique, encres à solvant, encres diverses, 2020 ; Drive to Retail Park, aquarelle à base de colorants, encres à solvant, encres diverses, 2021 ; Tragic Potential, encres à solvant, stylo-bille, Tipp-Ex, 2025 ; Present Box, 2024-2025; Treasure In Plain Sight, 2021 ; Furniture Puzzle, 2020 ; Worm Cherries, encres à solvant, encres diverses, 2021 ; Sour Puzzle, 2020

Pétrel I Roumagnac (duo), de l’Ekumen, pièce photoscénique n°3, Scènes 8 (Mondes), matériaux divers, impression directe sur film thermoformé au soleil, 2023

Frederik Exner, Ansekt I, Ansekt II, mousse PU taillé à la main, résine acrylique, revêtement aluminium, vernis, aluminium anodisé, mousse, 2025

© Alexis Raimbault